Statistiques ethniques : utiles, inutiles ou dangereuses ?

Quelles méthodes ? Entre QCM et dissertation…

L’un des points de controverse majeur est celui des méthodes utilisées pour faire de statistiques ethniques. Au premier abord, on peut penser que les statistiques, outil purement mathématique, apportent une vérité indéniable. Pourtant les acteurs de cette controverse s’opposent très clairement sur ce même outil. En effet, la façon dont on compte et ce que l’on compte, lorsque l’on établit des statistiques, ne sont pas des évidences. Bien au contraire. C’est pourquoi les méthodes utilisées pour construire des statistiques ethniquesStatistique ethnique n.f. : Toute collecte de données concernant l’appartenance ethnique des individus. sont au cœur du débat.
Pour pouvoir compter, comment peut-on définir « l’appartenance ethniqueEthnie n.f. (du grec ethnos, peuple) : Société humaine réputée homogène, fondée sur la conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de culture. » d’un individu sans faire d’amalgame ?
Par quelles méthodes peut-on garantir une certaine crédibilité et une certaine légitimité aux statistiques ethniques ainsi réalisées ?

Autour de « l’appartenance ethniqueEthnie n.f. (du grec ethnos, peuple) : Société humaine réputée homogène, fondée sur la conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de culture. »

La controverse s’immisce dans la façon de définir « l’ethnieEthnie n.f. (du grec ethnos, peuple). Société humaine réputée homogène, fondée sur la conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de culture. » d’un individu. Comment identifier un individu comme étant membre d’une « ethnieEthnie n.f. (du grec ethnos, peuple). Société humaine réputée homogène, fondée sur la conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de culture. » pour construire des statistiques ethniquesStatistique ethnique n.f. : Toute collecte de données concernant l’appartenance ethnique des individus. pertinentes ?

Il y a plusieurs niveaux d’étude afin de proposer des statistiques ethniquesStatistique ethnique n.f. : Toute collecte de données concernant l’appartenance ethnique des individus.. La loi actuelleIl est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. autorise à faire des statistiques sur les étrangers, c’est-à-dire les non détenteurs la citoyenneté française. Mais cette façon de faire semble insuffisante puisque c’est la question de l’assimilationAssimilation n.f : Le processus au cours duquel des personnes se fondent dans un groupe social ; se dotent des caractères communs à ce groupe. qui intéresse les démographes et qui est cœur de la controverse.

Pour la démographe Michèle Tribalat
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Démographe à l’INED, Michèle Tribalat se démarque nettement de son milieu professionnel par son regard sur l’immigration, réaliste pour certains, trop négatif pour d’autres. En 1976, elle est recrutée par l'INED, dont le conseil scientifique veut pousser la recherche sur les flux migratoires : ce sera son domaine d'activité. Elle est favorable aux statistiques ethniques.
« On ne peut pas étudier l’immigration en se contentant de compter le nombre d’étrangers et leurs caractéristiques. Il y a des migrants qui sont étrangers, et on veut connaître leur devenir, et celui de leurs enfants. »

Il s’agit donc de travailler à une échelle de temps différente, c’est-à-dire de remonter à plusieurs générations pour comprendre l’évolution de notre société du point de vue de l’intégration des lignées issues de l’immigration.

Elle est donc en désaccord complet avec la phrase d’Hervé Le Bras
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Démographe, directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), enseignant à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), spécialiste en histoire sociale et démographie. Il est ancien élève de l'école polytechnique (X1963).
, « la naturalisation c’est le baptême, ça lave de ses péchés » (qu’elle nous a elle-même citée comme venant de lui).

Ce désaccord profond sur la façon même de produire des statistiques ethniquesStatistique ethnique n.f. : Toute collecte de données concernant l’appartenance ethnique des individus. qui a engendré des frictions au sein des démographes et sociologues Français remonte déjà aux années 90. En essayant de briser le « tabou » français qui ne permettait pas de passer outre la seule nationalité, et en s’intéressant en 1995 à celui de l' « appartenance ethniqueEthnie n.f. (du grec ethnos, peuple) : Société humaine réputée homogène, fondée sur la conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de culture. », définie à partir de la langue maternelle des enquêtés et de leurs parents, et celui de l' « origine ethnique », fondée sur le lieu de naissance des individus et de leurs parents, Michèle Tribalat
tribalat
Démographe à l’INED, Michèle Tribalat se démarque nettement de son milieu professionnel par son regard sur l’immigration, réaliste pour certains, trop négatif pour d’autres. En 1976, elle est recrutée par l'INED, dont le conseil scientifique veut pousser la recherche sur les flux migratoires : ce sera son domaine d'activité. Elle est favorable aux statistiques ethniques.
s’est vue critiquer et attaquer personnellement par Hervé Le Bras
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Démographe, directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), enseignant à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), spécialiste en histoire sociale et démographie. Il est ancien élève de l'école polytechnique (X1963).
, alors Président de l’EHESSÉcole des hautes études en sciences sociales. A ses yeux, elle était « en passe de devenir un moyen d’expression du racisme » parce qu’elle aurait remis en cause le modèle républicain pour lequel la nationalité est l'unique critère acceptable :

Le Monde, 6 novembre 1998 a d’ailleurs publié un article : Une virulente polémique sur les données ethniques divise les démographes, Deux versions fortes de la gauche républicaine et Chez les Anglo-Saxons, les études mentionnent des données raciales. Face à face d’Hervé Le Bras et de Michèle Tribalat

Bien plus tard, le sociologue Jean-François AMADIEUamadieuJean-François Amadieu est un sociologue français spécialiste des relations sociales au travail ainsi que des déterminants physiques de la sélection sociale. Il est le directeur de l'Observatoire des discriminations, qui procède à des testings afin de réaliser les premières mesures scientifiques des différentes discriminations à l'embauche en France. Fondateur de la CARSED, il est très clairement opposé aux statistiques ethniques. s’est plutôt rangé du côté d’Hervé Le Bras
le_bras
Démographe, directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), enseignant à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), spécialiste en histoire sociale et démographie. Il est ancien élève de l'école polytechnique (X1963).
. Dans un article du journal Libération du 5 février 2010, il critique le rapport du COMEDDLe Comité pour la Mesure et l’Evaluation de la Diversité et des Discriminations, a été institué par Yazid Sabeg à la demande du président de la République en mars 2009. De fait, ce comité a été créé pour contrer le rapport Veil ayant émis un avis négatif sur les statistiques ethniques les considérant comme anticonstitutionnelles. Le principal fruit de l’activité de ce comité est le rapport Héran, favorable aux statistiques ethniques. :

«
Le fait de prendre en compte le pays d'origine et la nationalité des parents est une bonne idée. C'est une proposition assez consensuelle. Même si cet instrument de mesure ne suffit évidemment pas puisqu'il n'est valable que sur deux générations. Plus inquiétante en revanche est la volonté de distinguer les rapatriés (d'anciennes colonies, ndlr) des immigrés. Sur quels critères ? Qu'est-ce qui les différencie ? Le rapport ne le dit pas... Mais on devine l'objectif de classement ethno-racial qui est derrière.
»

Pour défendre ce type de méthodes, Michèle Tribalat
tribalat
Démographe à l’INED, Michèle Tribalat se démarque nettement de son milieu professionnel par son regard sur l’immigration, réaliste pour certains, trop négatif pour d’autres. En 1976, elle est recrutée par l'INED, dont le conseil scientifique veut pousser la recherche sur les flux migratoires : ce sera son domaine d'activité. Elle est favorable aux statistiques ethniques.
propose de s’inspirer des modèles scandinaves, en étudiant le devenir des Français descendants à une, deux voire trois générations de citoyens d’autres pays, et en essayant par la suite d’en extraire des statistiques.

Puisque la question que Michèle Tribalat pose est de savoir ce que ces catégories sont devenues une autre façon de procéder serait de s’inspirer des méthodes Américaines, en incorporant dans les formulaires et les études générales le facteur « ethniqueEthnie n.f. (du grec ethnos, peuple) : Société humaine réputée homogène, fondée sur la conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de culture. » comme un facteur parmi une multitude d’autres dans le but de rendre la question ethnique plus acceptable, et moins centrale.

«
Les Américains sont plus vigilants avec ces modèles que nous. Ils testent les interactions entre les variables. C’est un peu l’outil suprême pour la définition d’un groupe. On ne donne pas plus d’importance à l’origine qu’à n’importe quoi. Ca déculpabilise tout le monde un peu en quelque sorte.
»

Michèle Tribalat
tribalat
Démographe à l’INED, Michèle Tribalat se démarque nettement de son milieu professionnel par son regard sur l’immigration, réaliste pour certains, trop négatif pour d’autres. En 1976, elle est recrutée par l'INED, dont le conseil scientifique veut pousser la recherche sur les flux migratoires : ce sera son domaine d'activité. Elle est favorable aux statistiques ethniques.


racist

Le député UMP Kamel Hamza
hamza
Elu municipal UMP de la Courneuve. Fondateur de l’ANELD. Né en 1968 à Aubervilliers, Kamel Hamza grandit à la Courneuve : lui-même issu de la diversité, les zones et les sujets sensibles lui sont bien connus. En 2011, il fonde l’ANELD, une association de jeunes élus qui plaide, entre autres, en faveur des statistiques ethnique dans une optique, pourquoi pas, de discrimination positive.
, lui, prône une statistique faîte sur la base de l'autodéfinition. La méthode est simple : Elle consiste à laisser la personne interrogée se définir elle-même comme faisant part de telle ou telle « ethnieEthnie n.f. (du grec ethnos, peuple). Société humaine réputée homogène, fondée sur la conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de culture. ». L’avantage de cette méthode évite aux sondés d’être répertoriés dans des catégories parfois artificielles dont aucune ne correspondrait à leur ressenti d’appartenance.

«
Barack Obama, lorsqu’il a rempli une enquête, alors que tout le monde pensait qu’il allait mettre américain, a dit se sentir afro-américain. Et il est devenu président, et ce n’était pas un problème. Il n’y a qu’en France où on voit des problèmes là-dedans, ça paraît bizarre.
»

Kamel Hamza
hamza
Elu municipal UMP de la Courneuve. Fondateur de l’ANELD. Né en 1968 à Aubervilliers, Kamel Hamza grandit à la Courneuve : lui-même issu de la diversité, les zones et les sujets sensibles lui sont bien connus. En 2011, il fonde l’ANELD, une association de jeunes élus qui plaide, entre autres, en faveur des statistiques ethnique dans une optique, pourquoi pas, de discrimination positive.

Cependant, pour certains acteurs majeurs de cette controverse, l’autodéfinition n’est pas une solution. Pour Sabrina Goldman
goldman
Née en 1980, avocate au barreau de Paris, déléguée exécutive chargée des relations avec les associations à la LICRA. Sabrina Goldman occupe une position qui résume bien la LICRA : les statistiques ethniques sont trop susceptibles, dans notre société, de donner lieu à des dérives et à des utilisations abusives pour être autorisées.
, représentante de la LICRA
licra
La Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme est l’une des organisations les plus anciennes du terrain associatif français. Créée en 1926, la Ligue s’est beaucoup élargie depuis et veille au respect de la valeur fondamentale de la République qui est la laïcité.
, l’auto-déclaration est dangereuse, puisqu’elle relève de la subjectivité de la personne, et que de surcroît, elle est inutile.

«
Dans les phénomènes discriminatoires ce qui compte, souvent, c’est ce qui est ressenti par la personne qui discrimine au sujet de la personne discriminée, et pas tellement le ressenti de la personne discriminée elle-même (...) Le ressenti d’appartenance c’est quelqu’un qui ferait prévaloir le ressenti selon lequel il serait d’appartenance à telle communauté.
»

Sabrina Goldman
goldman
Née en 1980, avocate au barreau de Paris, déléguée exécutive chargée des relations avec les associations à la LICRA. Sabrina Goldman occupe une position qui résume bien la LICRA : les statistiques ethniques sont trop susceptibles, dans notre société, de donner lieu à des dérives et à des utilisations abusives pour être autorisées.

Une dernière possibilité est de se référer au prénom et à ses consonances. Le problème est que ce genre de statistique n’a pas beaucoup de poids, vu que toute personne est libre d'appeler son enfant , disons, Jean-Philippe ou Karim.

«
Je ne sais pas pourquoi on me dit de prendre le prénom de quelqu'un et de construire une catégorie avec ça. C'est toujours mieux que d'avoir demandé comment lui-même se définissait.
»

Patrick Simon
simon
Né en 1964, Patrick Simon est un socio-démographe français l’INED, tout comme Michèle Tribalat. Il travaille sur les phénomènes de discriminations ethniques en France. Largement solidaire de Michèle Tribalat, il dénonce l’invocation de la « tradition française » par ceux qui font du blocage des statistiques ethniques.


Les points de controverses

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