En proposant de supprimer ou de déréférencer des informations qui ont été publiées sur le web, le droit à l’oubli vient se heurter à de nombreux autres droits. Parmi eux, le droit à l’information ; Felicity Gerry Q.C. et Nadya Berova remarquent que la collecte d’informations peut servir à l’intérêt public [3S].

En effet, Internet a pour but d’être une mémoire collective comme le souligne Serge Tisseron [3P] : en supprimant et en déréférençant des informations, on prive les internautes de l’accès à la libre information. Ces derniers se retrouvent alors dans des situations dans lesquelles ils ne trouvent plus aucune information sur certains faits, ce qui peut amener dans le pire des cas à une « amnésie numérique » crainte par Cécile Quéguiner [5P]. Le droit à l’oubli est donc difficile à concilier avec le droit à la mémoire, comme le soutient également Mantelero Alessandro [7S].

Serge Tisseron va plus loin en remarquant que si les internautes ne trouvent plus aucune information sur un fait, ils ne sont plus en mesure de savoir si ce fait est vérifié ou non [3P]. Avec le droit à l’oubli, il devient impossible de savoir si une information est une rumeur infondée ou simplement issue d’une information déréférencée ou supprimée, et qui n’a donc pas laissé de trace sur le web.

C’est ce droit à la mémoire, et même parfois un devoir de mémoire, qui est invoqué par les historiens, les sociologues et les archivistes. En effet, le droit à l’oubli les empêche d’exercer correctement leur métier ; ces derniers soulignent donc qu’il est vital pour eux d’avoir un accès libre à l’information.

En outre, le droit à l’oubli s’oppose aussi dans une certaine mesure à la liberté d’expression, liberté fondamentale de l’Homme. En effet, le droit à l’oubli offre la possibilité de supprimer des informations nous concernant ; en instrumentalisant ce droit, il serait donc possible de supprimer certaines critiques contre nous, ce qui se heurte à la liberté d’expression de celui qui nous critique ou qui, de manière générale, publie des données nous concernant (voir limites et dérives du droit à l’oubli).

C’est ce que souligne Stéphane Dreyfus : selon lui, le droit à l’oubli porte atteinte à la liberté d’expression et pose problème pour tout ce qui est relatif à la censure [10P]. Le périodique The Guardian rejoint ce point de vue : selon ses journalistes, le droit à l’oubli peut permettre par exemple de faire enlever des articles, ce qui correspond à une attaque envers les libertés de la presse. Le journal accuse d’ailleurs Google d’avoir caché certains de ses articles suite à des demandes basées sur la législation du droit à l’oubli [1P].


[1P] L. Checola, « Droit à l’oubli : est-ce à Google de décider ce qu’il faut effacer ? », SudOuest, 8 juillet 2014.

[3P] S. Tisseron, « Le ‘droit à l’oubli’ sur Internet ne doit pas se transformer en droit au déni »,  Le Monde, 15 octobre 2014.

[5P] C. Quéguiner, « Données personnelles : faut-il oublier « le droit à l’oubli numérique » ? » France Info, 30 mai 2013.

[10P] S. Dreyfus, « La présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) se réjouit de la décision européenne imposant un droit à l’oubli numérique, nouvelle arme à disposition des citoyens », La Croix, n°39983, page 11, 12 septembre 2014.

[3S] Felicity Gerry Q.C. , N. Berova « The rule of law online: Treating data like the sale of goods: Lessons for the internet from OECD and CISG and sacking Google as the regulator », Computer Law and Security Review, Volume 30, Numéro 5, Pages 465-481, octobre 2014.

[7S] A. Mantelero « The EU Proposal for a General Data Protection Regulation and the roots of the  »right to be forgotten » », Computer Law & Security Review, Volume 29, Numéro 3, Pages 229–235, Juin 2013.