Démocratisation ou mort du système éducatif ?

L’accessibilité aux MOOCs

Cette interrogation laisse apparaître trois problèmes principaux :

  • L’accessibilité dite technique, soulevant l’enjeu de la fracture numérique,
  • L’accessibilité que l’on pourrait qualifier d’intellectuelle,
  • L’accessibilité financière, relative à la création d’un MOOC

 

Les MOOCs sont par définition des cours en lignes, ouverts à tous. Ils permettent aux internautes du monde entier de suivre le cours, en communiquant par le biais de forums et de réseaux sociaux[1]. Ainsi, les personnes inscrites dans les universités à l’origine des cours ne sont plus les seules à y avoir accès, ce qui constitue en soi une ouverture immense des cours, à la fois nationalement et internationalement. C’est en ce sens que l’on peut entendre le terme de « démocratisation ».

 

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Les limites techniques

Cependant, cette démocratisation rencontre des limites quand on vient à se demander quel pourcentage de la population a accès à internet.

Ainsi, si les MOOCs répondent aux critères de Massive et Open, ils nécessitent une connexion à Internet. Or, ce n’est pas encore le cas de tous. En effet, à l’échelle mondiale, seulement 42% de la population dispose d’une telle connexion. Le terme de démocratisation doit donc être employé avec précaution, d’autant plus que suivant les parties du monde, la fracture numérique est particulièrement importante. Si 81% de la population du continent Nord américain a accès à Internet, seulement 18 % des personnes y ont accès en Afrique, et 12 % uniquement en Asie du Sud. Les populations les plus pauvres sont d’ailleurs les plus touchées: par exemple, à Cuba, une heure d’internet coût un tiers du salaire moyen. 

 

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Pourcentage des foyers ayant accès à internet en fonction des continents dans le monde en 2015

 

De plus, même en France, l’accès aux technologies varie nettement en fonction du niveau de diplôme : par exemple, là où 96% des cadres sont équipés, seuls 73% des ouvriers le sont[2].

 

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Taux d’accès aux technologies de l’information selon le revenu mensuel en France en 2013

 

Ainsi les personnes ayant accès aux MOOCs sont sensiblement les mêmes que celles ayant déjà accès à un enseignement supérieur. Il n’y a donc pas de réelle démocratisation, notamment dans les pays pauvres et en développement.

 

Les limites « intellectuelles »

Outre cette démocratisation, qui est finalement relative et plus faible que ce que l’on pouvait imaginer, se pose également la question d’une accessibilité plutôt “intellectuelle”.

En effet, comme l’explique François Taddéi, les MOOCs permettent de garder la diversité ; et l’Open content garantit par définition une grande adaptabilité à la culture locale et la traduction en plusieurs langues. Cependant, cette dernière demande une grande capacité économique de financement et se trouve alors finalement assez limitée. Ainsi, les internautes rencontrent une barrière linguistique, la maîtrise de l’anglais devenant de fait incontournable. Cela est, là encore, un facteur de restriction du public visé.

De plus, le problème de l’accessibilité du contenu en lui-même se pose. Les MOOCs sont consacrés aussi bien à des cours de physique quantique, que de littérature ou de philosophie, mais on ne trouve pas toutes ces disciplines en proportions égales dans l’ensemble des MOOCs.

 

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Répartition des thèmes abordés dans le corpus scientifique (Scopus)

 

Ainsi, si certains cours sont particulièrement ouverts et adaptés à tout public, ne demandant qu’un très faible niveau de prérequis, il n’en est pas de même pour tous les cours. Certains sont particulièrement précis et requièrent un haut niveau de prérequis, niveau auquel tout le monde n’a pas eu accès auparavant. « La boucle est alors bouclée » quant au propos tenu précédemment. Dès lors, ce problème de niveau et de prérequis remet en cause le principe d’Open et de démocratisation, restreignant à nouveau la diversité du public.

C’est alors que se pose un problème de financement, constituant une limite à l’efficience des MOOCs et à leur caractère Open. En effet, rappelons qu’il existe trois types de formations éligibles à un financement : les formations diplômantes, les formations qualifiantes et les formations certifiantes. Ces dernières pourraient potentiellement utiliser les MOOCs, mais actuellement, les financeurs, à savoir les OPCTA  (Office Public de Collecte de Taxe d’Apprentissage), sont plutôt réticents et ne financent que très peu les formations numériques. En effet, sur les 14 existants, seuls 3 OPCTA financent des formations en lignes. Dès lors, le développement et la diffusion des MOOCs s’en retrouvent limitées, touchant ainsi un public moins large que prévu. C’est notamment l’opinion d’Henri Isaac, à qui on pourrait pourtant opposer des chiffres significatifs, ceux des inscriptions sur la plateforme FUN ou encore les 14000 inscrits au MOOC français : « Du manager au leader » porté par le CNAM.

Dans la même perspective, il est important de noter que pas tout le monde ne peut réaliser un MOOC. En effet, même si contrairement à l’enseignement classique, faire un MOOC ne nécessite aucune compétence mise à part celle de la maîtrise de l’outil informatique, les contraintes et enjeux économiques ne permettent pas à toutes les universités et professeurs de pouvoir mener un tel projet, refermant encore une fois cette ouverture et démocratisation proposée par les MOOCs, favorisant les enseignements des éminents professeurs et des institutions reconnues[3].

 

Le type de public visé →

 


[1]COLAJANNI Gautier, DELABRE Cyrille, LOBJOIT Dorian, GUILLEMOT Laura, ROMDHANE Nour , « Les MOOCs remettent-ils en cause le système de l’enseignement supérieur ? », INSA Rennes, 10/02/2014, 48 pages. Disponible sur http://moocs.insa-rennes.fr/download/moocs.pdf (consulté le 6/05/2015).

[2] http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1340

[3]COLAJANNI Gautier, DELABRE Cyrille, LOBJOIT Dorian, GUILLEMOT Laura, ROMDHANE Nour , « Les MOOCs remettent-ils en cause le système de l’enseignement supérieur ? », INSA Rennes, 10/02/2014, 48 pages. Disponible sur http://moocs.insa-rennes.fr/download/moocs.pdf (consulté le 6/05/2015).