Historique du Franc CFA

 

 

Avant de se lancer dans l’analyse des débats autour du Franc CFA, il serait judicieux de s’imprégner de son contexte historique et de ses évolutions progressives depuis sa création, en 1945. Nous dressons ici une rapide revue historique de cette monnaie.

Une monnaie d’après-guerre

Le Franc CFA est né de deux nécessités économiques, celle de contrôler le flux de capitaux circulant dans l’empire colonial français, et celle de “rationaliser” l’émission de monnaie dans les colonies françaises, qui a été progressivement confiée à des instituts d’émission privés et locaux voire laissée en jachère pendant la première moitié du XXème siècle et que les deux guerres ont fortement opacifiée. En signant les accords de Bretton Woods le 26 décembre 1945, la France instaure le Franc des Colonies Françaises d’Afrique comme seule et unique monnaie légale des colonies en effectuant sa première déclaration de parité fixe (1 Franc CFA = 1.7 Francs Français)  et restaure du même coup son autorité monétaire (via la Caisse Centrale de la France d’Outre-Mer).

Le temps des indépendances

L’indépendance progressive des territoires colonisés et leur constitution en états, dans les années 50-60, n’induit cependant en rien leur retrait de la zone du nouvellement nommé “ Franc de la Communauté Française d’Afrique” (1958). En effet, entre 1960 et 1973, seuls quatre états sur la quinzaine d’états appartenant à la zone Franc se retirent des accords monétaires engagés au moment de leur indépendance. C’est notamment le cas de la Guinée, en 1960, parallèlement à la réévaluation de la parité fixe (1 Franc Français = 50 Francs CFA), suivie du Mali, en 1962, qui revendique, lui, une souveraineté intégrale conditionnée par l’indépendance monétaire. Les états qui demeurent dans la zone Franc se rassemblent alors en deux unions monétaires indépendantes : l’U.M.O.A. (Union Monétaire des Etats d’Afrique de l’Ouest), créée en 1962, et l’U.M.A.C. (Union Monétaire de l’Afrique Centrale), constituée plus tardivement, en 1972. A ce moment, le centre de gravité institutionnel du Franc CFA reste ancré à Paris. En effet, les sièges des deux banques centrales ne seront déplacés qu’à la fin des années 70. De plus, les ministres des finances de la Zone Franc se réunissent semestriellement à Paris depuis 1965.

Un renforcement structurel de la zone Franc au  tournant du XXème siècle

Les années 80-90 sont marquées par un double élargissement des unions monétaires et par des ajustements de parité successifs. Le premier est de nature géographique, avec la réintégration du Mali en 1984, l’inclusion de la Guinée Equatoriale en 1985, et celle de la Guinée-Bissau en 1997.  On observe de plus une extension des domaines de coopération entre états africains ; parallèlement à la dévaluation de moitié du Franc CFA en 1994, les deux unions monétaires sont refondées et affichent désormais des objectifs de coopération économique et de développement. L’U.M.O.A. devient alors l’U.E.M.O.A. (Union économique et monétaire Ouest-Africaine), et l’U.M.A.C, la C.E.M.A.C. (Communauté économique et Monétaire de l’Afrique Centrale). Le passage à l’euro en 1999 fixe la nouvelle parité fixe (1 Euro = 656 Francs CFA)

Convergence économique et divergence d’opinions

Les années 2000 sont marquées par une forte convergence économiques des états de la zone Franc. Les accords signés lors de la fondation de l’U.E.M.O.A. et de la C.E.M.A.C.  fixent en effet des objectifs communs comme la limitation de l’inflation annuelle à 3 %, ou de la dette publique à 70 % du P.I.B. Le bon respect de ces indicateurs a pour finalité théorique de limiter la dispersion de la répartition des P.I.B. par habitant, c’est à dire d’homogénéiser la richesse produite dans la zone Franc. Assez paradoxalement, c’est lors de la même période de rapprochement institutionnel et économique que les contestations se concentrent. Celles-ci atteignent un pic en 2015, lorsque deux hauts responsables politiques d’états africains critiquent ouvertement le Franc CFA et ses institutions jugées dépassées : Kako Nubukpo, alors ministre togolais chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, et le président tchadien Idriss Déby.