Introduction

intro

Cette formule prononcée par le candidat Hollande à la veille des élections présidentielles de 2012 révèle clairement l’atmosphère de méfiance qui règne aujourd’hui envers le monde de la finance. Depuis que d’importantes sommes d’argent circulent sur les marchés financiers, c’est-à-dire depuis la naissance des marchés, l’opinion publique a toujours manifesté son inquiétude. Cependant, la finance est aujourd’hui encore plus décriée. Wall Street, le siège des grandes banques mondiales, les fonds d’investissement… Aux yeux du public, ce ne sont pas plus que des casinos où les joueurs s’assoient pour se remplir les poches au détriment de la stabilité économique des états.

Qu’est-ce qui explique la chute libre de la popularité des marchés financiers ? Depuis la crise financière de 2008, il y a eu Madoff, Kerviel et consorts. Il est légitime de penser que ce sont ces scandales financiers à répétition qui incurvent la courbe de popularité des acteurs financiers. Mais la réelle question, celle qui anime la controverse, est la suivante. Que doit-on blamer le plus : l’acte de Madoff, ou le fait que la finance contemporaine lui ait donné les moyens de le faire ? Aux Etats-Unis, après chaque assassinat en masse dans un lieu public, ce n’est pas tant l’état psychologique du criminel qui est questionné, sinon le fait même que les armes soient en circulation dans le pays. L’analyse de la controverse financière s’apparente donc à la recherche de l’arme qui est pointée du doigt par la foule, celle qui amplifie la bulle spéculative, le cadre dans lequel un financier peut très bien devenir tueur de la santé économique des états. La réponse est peut être donnée par Warren Buffet : «Les Credit Default Swaps (CDS) sont une arme de destruction massive».

Bien entendu, il serait idiot de blamer l’outil CDS pour l’ensemble des pathologies de la finance, mais l’étude de la controverse montre assurément que le CDS est un des fusils de l’arsenal. Personne ne remet en cause l’existence du fusil. Il est nécessaire pour se prémunir des attaques d’un envahisseur, un ennemi. D’une manière analogue, le CDS est un contrat d’assurance qui sert à se prémunir du risque de faillite d’un acteur, qui mettrait en péril le remboursement d’une dette. Cependant, plus on crée de fusils, plus on a de chance que certains l’utilise à des fins détournées. Alors que le CDS, comme tout contrat d’assurance, cherche à diminuer le risque de dette, si un assureur distribue trop de contrats, cela augmente le risque d’un effondrement en masse de toutes les promesses de remboursement (voir la rubrique risque systémique), et le CDS devient alors un instrument de spéculation.

 A partir de 2008, le sentiment commun que les CDS ont leur part de responsabilité dans la crise financière prend des proportions politiques. La diabolisation de cet outil devient désormais officielle. Les chefs d’état du G20, au sommet de Pittsburgh en 2009, braquent les projecteurs sur les produits dérivés –catégorie d’instruments financiers dont les CDS font partie-, et le point de non retour est atteint avec la lettre qu’écrivent conjointement les présidents Merkel, Sarkozy et Papandréou au président de la Commission Européenne J.M Barroso en juin 2010, qui demande expressément une régulation européenne des produits dérivés.
Les députés retroussent alors leur manches, les lobbyistes préparent leur argumentaire. La machine de régulation est en marche. De ce fait apparait notamment en 2012 la loi EMIR.

Mais comment peut-on rendre gouvernable un outil difficilement quantifiable ? C’est un des points essentiels de l’étude de la controverse autour des CDS. Ces outils étant transférés de gré à gré –Over The Counter (OTC)- on perd rapidement le fil des transactions des CDS et de leur utilisation. Un des enjeux de la régulation consiste donc en la difficulté de légiférer un marché sur lequel les instances ont très peu d’emprise et de visibilité. Allons plus loin. Les CDS sont des outils très volatiles, à géométrie variable tandis que les instances régulatrices font parfois preuve d’une profonde inertie. On pourrait alors se dire que la régulation est toujours déjà dépassée par ce système à deux vitesses, qui fait que l’objet que l’on traite ne revêt plus les traits qu’on lui prête. Cette approche a pour principal défaut de considérer que le marché des CDS et l’univers des instances régulatrices sont dissociés. Car en réalité, il existe une synergie entre les deux. Les dynamiques du marchés aboutissent sur des lois, qui tentent de fixer un cadre stable à l’outil et son utilisation, ce qui modifie les règles du marché en retour. La controverse porte donc sur la légitimité et le processus de déclamation des nouvelles « règles du jeu ». Qui décide du cadre du marché ? A l’issue de quelles discussions ? Y a-t-il eu de nombreuses contestations ?

En définitive, la thématique des CDS depuis 2008 revêt une double controverse. Celle de son utilisation parfois trop spéculative et donc nocive pour l’économie, qui résulte sur un processus de régulation dont les mécanismes sont aussi remis en question. Ce site a pour but d’examiner ces deux aspects. Cependant, il convient d’abord de revenir sur les définitions de base des outils mis en jeu dans notre discours. Pour cela, vous pouvez consulter notre boîte à outils.

Vous êtes novice sur le sujet, n’hésitez pas à découvrir notre boîte à outils !  

Disclaimer – Clause de non-responsabilité - Le site web suivant est un exercice réalisé par des élèves de première année de l’école des mines dans le cadre du cours de Description des controverses. Ces sites sont le résultat de travail d’étudiants et sont mis en ligne pour des raisons pédagogiques et didactiques. Ils ne sont plus mis à jour après leur mise en ligne.