Fiche: L’impact sur les activités locales

 

Les nuisances décrites précédemment amènent à poser la question : l’exploitation des gisements est-elle compatible avec le développement des activités locales, tourisme,  agriculture ?

C’est une des principales inquiétudes des riverains (voir le compte-rendu de l’interview du maire de VdB) : ils ne veulent pas se voir imposer ce choix, peut-être intéressant pour le pays, mais potentiellement dommageable pour la région.

1.Le tourisme

Pourquoi y a-t-il incompatibilité ? Etant donné les chiffres donnés plus haut, il semble difficile d’exploiter l’Ardèche sans nuire à la qualité de son paysage. Et cela risque de diminuer sérieusement l’enthousiasme des vacanciers ou des nouveaux arrivants. Il y aura là une perte sèche pour les habitants et les collectivités locales.

De plus, cela irait à rebours de toute la politique de développement de la région depuis quelques dizaines d’années. Des parcs naturels ont en effet récemment été mis en place, grâce aux efforts des riverains, pour promouvoir le tourisme et conserver intacte la richesse des paysages de la région. Une exploitation du gaz serait vécue comme une marche arrière !

2. L’agriculture et les ressources en eau

En Ardèche, l’agriculture tient un rôle relativement important, on trouve notamment quelques vignobles autour de VdB. Or ces terres ont besoin d’être arrosées copieusement pour produire sous le dur soleil du midi. Déjà, les agriculteurs doivent se rationner lors des étés secs. Installer une autre activité gourmande en eau semble dangereux. Et puis il ne faudrait pas transformer trop de terres cultivables en têtes de puits.

3. Les réponses des exploitants – y a-t-il des solutions pour passer outre ?

Les exploitants proposent notamment de n’utiliser que de l’eau provenant du Rhône, à plusieurs dizaines de kilomètres de là. Cela occasionnerait un surcoût important, mais permettrait, au moins en théorie, de combiner agriculture et  exploitation du gaz.

D’ailleurs, certains soutiennent que les besoins en eau pour la fracturation sont bien plus faibles que ceux de l’agriculture, et que la différence se fera à peine sentir. Au-delà de la querelle de chiffres, on peut par exemple envisager de ne fracturer les puits qu’au printemps, période des pluies, pour laisser pendant l’été toutes les réserves d’eau aux agriculteurs.

Le conflit avec l’agriculture semble donc résoluble. Mais ce n’est pas le cas pour celui avec le tourisme, et plus généralement sur la dégradation de la qualité de vie pour de nombreux habitants. Si on peut obliger les exploitants à épargner les zones habitées, les parcs naturels, il n’en restera pas moins que l’on ne connait pas encore l’impact final de l’exploitation sur le paysage, et que l’exemple américain incite à la méfiance.

Le développement de la fracturation donne-t-il un avantage aux régions concernées ? La main d’œuvre requise est très qualifiée, et peu nombreuse. Peu de conséquences en terme d’emploi pour la région donc. Pour pallier ce manque d’avantage local, le rapport d’étape de la mission d’Etat propose de dédommager financièrement les collectivités territoriales concernées, grâce à l’argent des exploitants.

Cela ressemble de loin à ce qui se passe aux Etats-Unis : le droit du sol américain stipule que le sous-sol est au propriétaire de la surface. Les exploitants achètent donc les terrains des riverains, et ceux-ci sont grassement récompensés. Le revers de la médaille est que les exploitants ne se préoccupent alors plus beaucoup de la protection de la nature, et les propriétaires se retrouvent avec un terrain ravagé. Pour plus de détails sur la législation, voir la partie Rôle de l’Etat.

La question est finalement de savoir si l’Etat a le pouvoir et la volonté de faire le bien du pays aux dépends de quelques territoires. S’il peut décider de passer outre pour le bien commun. Et est-ce souhaitable ? Là encore, il n’existe pas de réponse tranchée.

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