ÉQUITÉ

Égalité, justice et discrimination positive

La France : championne européenne du déterminisme social ?

          Le gouvernement part d’un constat cinglant :

« Notre pays ne donne pas les mêmes chances de réussite à tous ses élèves. » Ministère de l'Éducation Nationale 

       Pire, les inégalités sociales se transforment et s’aggravent en inégalités scolaires.[1] Le gouvernement Valls a fait de la lutte contre les inégalités scolaires sa priorité dans le domaine éducatif.

        Devant le résultat de l'enquête PISA qualifiée "d'édifiant" par la ministre de l'Education Nationale, le gouvernement a mis en œuvre une nouvelle carte de l'éducation prioritaire avec l'ambition de corriger les inégalités en concentrant les moyens humains et financiers vers les territoires qui en ont le plus besoin.

"Les déterminismes sociaux pèsent trop fortement sur la réussite scolaire des élèves. Les chiffres sont édifiants."

Ministère de l'Education Nationale

 

 

1
C'est le nombre de réseaux d'éducation prioritaire à la rentrée 2015.

"Le choc Pisa" : prise de conscience de la carence en mixité sociale du système éducatif français

         PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 34 pays membres de l’OCDE et dans de nombreux pays partenaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire.

       Cette étude montre que « la France est le pays européen le plus affecté par le déterminisme social, qui ne se traduit pas seulement par une perte de chance pour certains élèves mais par une dégradation du niveau de tous les élèves, y compris les meilleurs ».[2]

 

          Au niveau de l'équité-milieu social, la carte ci-dessous montre que la France est bien en dessous de la moyenne.

Source : PISA - étude réalisée en 2015 sur l'équité -milieu social. Disponible sur http://www.oecd.org/fr/education/les-pays-d-asie-arrivent-en-tete-du-classement-de-la-derniere-enquete-pisa-de-l-ocde-sur-l-etat-de-l-education-dans-le-monde.htm. [Consulté le 07/04/2017] 

La discrimination positive comme remède contre le déterminisme social ?

        Afin de combattre ce déterminisme, des mesures de discrimination sont prises notamment dans l’appariement des élèves dans les différents établissements. Comme cela a été montré dans le paragraphe précédent, des politiques sociales sont mises en oeuvre dans les établissements éducatifs afin de les rendre plus aptes à accompagner les élèves dans leur apprentissage. A ce niveau, le rôle des algorithmes de répartition prend tout son sens puisque les élèves sont répartis dans ces différents établissements selon les paramètres rentrés dans le codage des algorithmes.

        Pour Affelnet, cela passe par la pondération différenciée des critères sociaux qui garantissent généralement le premier vœu des élèves boursier. Pour Admission Post-bac, cela se manifeste par une priorité pour les bacheliers professionnels et technologiques, qui sont majoritairement issus des classes défavorisées. De même, le dispositif « meilleur bachelier » qui permet aux lycéens ayant obtenu les meilleurs résultats au baccalauréat dans leur établissement d’accéder à des filières sélectives.[3] Selon l'Inspection Générale de l'Éducation Nationale [4], au fil des années les pilotes d'APB développent l'algorithme afin d'ajouter de nouveaux paramètres permettant de prendre en compte la situation singulière des candidats (possibilité d’obtenir d’une bourse, reconnaissance d’un handicap, scolarisation dans un pays étranger, possibilité de bénéficier d’un internat...)

“Affelnet : c’est une des politiques de discrimination positive les plus ambitieuses qui existent dans le système éducatif français car ce bonus mis en place dans l'académie de Paris à la rentrée 2008 permet aux boursiers d'accéder à leur premier voeu. C'est à dire souvent aux établissements les plus recherchés.”

Julien Grenet [5]

           Julien Grenet affirme que des mesures de discrimination positive sont nécessaires, notamment en pondérant de manière significative les critères sociaux. Le bonus pour les boursiers est donc fortement discuté, accusé de ne pas garantir une équité entre tous les élèves. Or, la discrimination positive tente de rétablir des inégalités sociales. Certains parents se sont donc plaints à ce propos et invoquent une injustice de prise en compte des situations.

Dessin de presse de Rodho. Source : Blorg. Disponible sur http://blorg.canalblog.com/archives/2008/12/17/11779335.html. [Consulté le 17/05/2017]

              Néanmoins, il soutient que le renforcement des inégalités n’est pas imputable uniquement à l’affectation des élèves. Il faut, selon lui, agir sur d’autres facteurs, comme l’orientation scolaire.

              C’est ce qu’il ressort également dans la presse scientifique comme l’illustre l’article d’Agnès van Zanten.[6] A travers cet article, l’auteur affirme que les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur en France sont le fait de plusieurs facteurs parmi lesquels on compte les pratiques d’orientation au sein des établissements du secondaire. Les différences que nous pouvons observer font donc sens localement, au sein de chaque établissement, mais les différences se creusent toutefois entre les groupes sociaux, écarts engendrés aussi bien par l’inégale capacité des familles à aider les jeunes à préparer leur orientation, que par les contraintes et les opportunités associées à la fréquentation des divers types de lycées et filières du secondaire. Et donc, au-delà de l’algorithme, certains acteurs essaient de poser la question de manière plus profonde, ou décalée concernant la mixité sociale et scolaire.

 

            Selon l'éditorialiste Dominique Seux, APB apporte finalement quelques progrès (“un peu plus d’informations disponibles sur les débouchés, les taux d’échecs, les salaires”). Mais il n’en reste pas moins qu’APB s’inscrit dans le système général actuel qui refuse des admissions sur dossier et sur candidature (sauf exceptions de plus en plus nombreuses... mais cachées : cela touche au problème informationnel : seuls ceux ayant les moyens de s’informer peuvent user de ces stratégies). Pour l’auteur, ce système serait pourtant la solution la plus égalitaire. Il conclut :

APB est donc davantage un système, un logiciel, de répartition des lycéens -y compris par tirage au sort- qu’un système d’orientation au mérite”.[7]

Dominique Seux

       Au contraire selon le rapporteur de l'Inspection Générale de l'Éducation Nationale [8], le rectorat de Paris considère qu'APB "fonctionne globalement bien". Pour eux, APB n'est qu'un outil qui reflète les politiques choisies par les pouvoirs publics mais il n'a pas été conçu dans cet objectif. 

«La difficulté est plutôt que l’on veut faire porter à APB des politiques pour lesquelles il n’a pas été conçu (part de bacheliers professionnels en BTS, accès aux filières sélectives pour les bacheliers méritants, réorientation des étudiants, etc.) ».

Rectorat de Paris

 

 

[1] Site du gouvernement, http://www.gouvernement.fr/action/la-lutte-contre-les-inegalites-scolaires [Consulté le 16/05/2017]

[2] Organisation pour la Coopération et le Développement Économique. (2016) PISA 2015 Résultats à la loupe. Disponible sur https://www.oecd.org/pisa/pisa-2015-results-in-focus-FR.pdf [Consulté le 25/04/2016]

[3] GRENET Julien, Chargé de recherche au CNRS, Professeur associé à l’École d’Économie de Paris, Directeur de l’Institut des Politiques Publiques. Entretien réalisé à Paris, le 6 avril 2017.

[4] Inspection générale de l’éducation nationale [2012], Analyse de l’orientation et des poursuites d’études des lycéens à partir de la procédure admission, 79 pages. Disponible sur : http://cache.media.education.gouv.fr/file/10_octobre/21/5/Rapport_IGEN_APB_2012-123_239215.pdf  [Consulté le 10/04/2016 ]

[5] Jarraud, F., (2014 29septembre). Affelnet : Un outil efficace pour lutter contre la ségrégation scolaire ?,  Le Café Pédagogique

[6] Van Zanten, A., (2015). Les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur. Regards croisés sur l’économie, n°16, 80-92.

[7] SEUX, D. (journaliste). (20/01/2017). Les limites (éco) du système APB. [Edito économique quotidien]. In L’édito éco. France Inter. [2 minutes]. Disponible sur : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-20-janvier-2017?xtmc=admission_post_bac&xtnp=1&xtcr=3. [Consulté le 01/04/2017].

[8] Inspection générale de l’éducation nationale [2012], Analyse de l’orientation et des poursuites d’études des lycéens à partir de la procédure admission, 79 pages. Disponible sur http://cache.media.education.gouv.fr/file/10_octobre/21/5/Rapport_IGEN_APB_2012-123_239215.pdf  [Consulté le 10 avril 2016 ]