La Task Force 50, menée par Michel Barnier, est actuellement mobilisée pour négocier la sortie britannique de l’UE avec Theresa May, et aussi bien la Commission Européenne que le Conseil européen ont les yeux rivés sur les résultats des négociations et leurs conséquences.

En savoir plus La négociation Theresa May / Task Force

 

Comment reconstruire l’UE à la suite du Brexit ?

 

Crédits image : L’Opinion

Tout d’abord,  les négociations ont, et vont avoir, un coût non négligeable pour l’UE. Selon le journal The Independent, les coûts engendrés par les analystes et les juristes s’élèvent à plus de 300 000 euros pour les deux mois suivant le vote. Ainsi, les conseils juridiques coûtent chaque semaine environ 40 000 euros… l’addition risque d’être salée au moment des comptes, à la fin des négociations. [1] Le journal The Guardian pose aussi la question du coût des négociations, et remet en question les actions menées par le gouvernement britannique concernant le dialogue avec la Task Force: “Turf wars by ministers seeking to control the Brexit negotiations are wasting valuable time and may cost the taxpayer tens of millions of pounds in additional civil servants, a report by the respected Institute for Government claims.”  (Patrick Wintour,«Brexit negotiations could cost taxpayer tens of millions of pounds, says report»,  The Guardian, 29/09/2016)

Turf wars by ministers seeking to control the Brexit negotiations may cost the taxpayer tens of millions of pounds”

           

Cependant, des journalistes tels que Patrick Artus craignent un «coût caché» du Brexit autrement plus important: la mise entre parenthèses de la restructuration de l’UE, du fait d’une attention uniquement portée sur les négociations. Patrick Artus affirme ainsi qu’ «améliorer l’organisation institutionnelle de la zone euro est plus important que de négocier les conditions du Brexit». Selon lui, une sortie du Royaume-Uni dans les « pires conditions » possibles, sans accord de libre-échange ni accord de mobilité des personnes, coûterait moins à l’UE que les questions d’organisation de la zone euro qui restent en suspens à cause des négociations (disparition de la mobilité des capitaux, absence de coordination entre les politiques des différents pays).  Patrick Artus affirme ainsi que : « La perte d’activité serait au pire pour la zone euro de 1,7 point de PIB pour un Brexit désordonné, alors que les problèmes institutionnels coûtent approximativement 4,6 points de PIB. » (Patrick Artus,« Le coût caché du Brexit »,  Le Point, 14/09/2016)

Patrick Artus n’est pas le seul à pointer du doigt la question de reconstruction de l’Europe après le Brexit. Thomas Piketty,  économiste français, dénonce les travers de l’UE et propose des solutions : « la zone euro est devenue un boulet pour l’Europe, ce que les tenants du Brexit n’ont pas manqué d’exploiter dans la campagne qui s’achève : à quoi bon rester avec des pays qui nous tirent vers le bas, et qui se sont montrés incapables de gérer correctement leur union monétaire? » (Thomas Piketty,« Reconstruire l’Europe après le “Brexit” »,  Le Monde.fr – Blogs, 28/06/2016)

Pour aller plus loin : Blog de Thomas Piketty

L’université de Bath propose des réponses à la question de la reconstruction de l’UE en quatre points : « Rejuvenate the European economy, promote security and creativity for citizens and communities across the Union, re-think free movement and encourage ‘creative subsidiarity’ ». (Graham Room, « From Brexit to European Renewal », University of Bath, mai 2017)

Pour aller plus loin : IPR report

 

Enfin, une interrogation subsiste : qu’en est-il des eurocrates britanniques ?

Ces fonctionnaires des institutions européennes se voient menacés de quitter Bruxelles à la suite du Brexit et, même si les autorités de Bruxelles se sont montrées rassurantes quant à leur statut, le compte à rebours a commencé pour les eurocrates britanniques. [2] En effet, d’après l’article 28 (point a) du code du travail des fonctionnaires européens, «Nul ne peut être nommé fonctionnaire s’il n’est pas ressortissant d’un des Etats membres, sauf dérogation accordée par l’autorité investie du pouvoir de nomination ». Des exceptions sont parfois faites, comme le prouve la dizaine d’eurocrates norvégiens qui siègent encore dans les institutions européennes, mais les 1164 britanniques au sein de la commission européenne ne se leurrent pas, et certains pensent à demander la double nationalité belge ou d’un pays de l’UE pour continuer à y vivre. [3]

  ⇐Ecosse/Irlande du Nord: une crise identitaire en devenir?         Faut-il chiffrer?

[1] « Ce que le Brexit coûte chaque semaine au contribuable », Sputnik France, 09/09/2016, https://fr.sputniknews.com/economie/201609091027677607-brexit-cout-grande-bretagne/

[2] « Brexit : le sort incertain des fonctionnaires britanniques européens », tiré de l’AFP, Le Parisien, 28/06/2016

[3] Renaud Honoré, « Brexit : le sort incertain des « eurocrates » britanniques »,  Les Echos, 20/06/2016