Vers un Essencegate ?

Les véhicules essence européens ne sont pas à l’abri d’un scandale médiatique comme ce fut le cas avec le dieselgate. En cause, des consommations promises par les constructeurs bien en dessous des consommations réelles.

Une consommation bien éloignée de la réalité

Le chiffre de consommation d’un véhicule est celui qui marque le plus un client lors de son achat. D’une part, il lui donne un ordre de grandeur du coût du véhicule à long terme. D’autre part, les émissions de CO2 sont quasi-proportionnelles à la consommation et donne une idée de l’impact environnemental du véhicule. La pertinence des chiffres officiels est remise en cause par T&E. Par exemple, certains modèles essence de Mercedes consommeraient jusqu’à 50% supplémentaires, tandis qu’une Peugeot 308 dépasserait de 40%.

Des consommateurs lésés, et un environnement moins bien protégé

Une consommation faussée pourrait faire naître un scandale, dû aux problèmes qu’elle engendre. En premier lieu, celle-ci engendre un surcoût d’une moyenne 450 euros par an aux utilisateurs de véhicules essence. Mais la lutte contre le réchauffement climatique est aussi compromise : les objectifs fixés par l’Union Européenne perdent en pertinence puisque les véhicules émettent plus de gaz à effet de serre. 

De l’optimisation, mais pas que…

Comme pour le dieselgate, l’optimisation des tests et la possible fraude refont surface. Selon Bertrand Rakoto, consultant automobile, « Les constructeurs optimisent la performance de leurs moteurs pour les tests, mais ils ne trichent pas ». T&E n’est pas du même avis. L’ONG affirme qu’une simple optimisation des tests ne suffit pas. Les astuces connues telles que le surgonflage des pneus (voir NEDC et défauts) ne pourraient justifier que jusqu’à 30% des écarts. De tels écarts ne peuvent pas être obtenus par une simple optimisation des tests, avec des procédés déjà connus comme le surgonflage des pneus ou encore la mise hors circuit de la climatisation. La présence de logiciels fraudeurs n’est donc pas à écarter. Si le secteur de l’essence a fait peu de bruit lors du dieselgate, Volkswagen a pourtant dû payer des amendes aux Etats-Unis pour certains de ses modèles essence.

Des normes qui portent à confusion

La norme Euro 6 ayant été déclinée plusieurs fois, sa compréhension devient difficile pour tous les acteurs de l’industrie automobile. Cette multiplicité de normes alimente la confusion. Delphine Batho le résume bien à lors d’une intervention à l’Assemblée Nationale.

On ne peut plus accepter qu’une norme soit déclinée comme l’a été Euro 6 avec Euro 6 a, b, c, d, et bientôt e et f : personne n’y comprend plus rien. Quand on parle de la norme Euro 6 pour l’essence, on ne sait pas s’il s’agit de la version qui autorise l’émission de dix fois plus de particules que pour le diesel ou de la suivante, selon laquelle la quantité de particules autorisée est la même que pour le diesel, ce qui implique que les moteurs à essence intègrent un filtre à particules. C’est illisible pour le consommateur.

Un manque de compréhension du consommateur et des consommations officielles non-représentatives : après un Dieselgate, le risque d’un Essencegate n’est pas à exclure.

Sources :

Caradisiac.com. (2016, octobre 26). Le moteur essence, autant coupable que le diesel dans la pollution aux particules fines. Consulté à l’adresse

Derek Perrotte. (2016, octobre 20). La bataille s’engage sur la pollution des voitures… essence. Les Echos

Différence entre injection directe et indirecte (2017, mars 18). Fiches-auto.fr

Laurent Martinet. (2015, septembre 29). Derrière le scandale Volkswagen, celui de la consommation d’essence? L’expansion

N° 4375 – Proposition de résolution européenne de Mme Danielle Auroi appelant à une réforme radicale de l’élaboration et du contrôle des normes régissant l’industrie automobile européenne. assemblee-nationale.fr

N° 4390 – Rapport de Mme Delphine Batho sur la proposition de résolution européenne de Mmes Danielle Auroi, Delphine Batho et M. Jean-Paul Chanteguet appelant à une réforme radicale de l’élaboration et du contrôle des normes régissant l’industrie automobile européenne (n°4375). assemblee-nationale.fr